L’éventuelle utilisation de lecteurs d’iris, de paume de la main et d’empreintes digitales pour identifier les passagers suscite un différend entre fournisseurs de technologie, compagnies aériennes et membres du gouvernement fédéral brésilien.
La discussion porte sur la mise en œuvre de la Politique nationale sectorielle d’identification biométrique, ainsi que sur les conséquences que l’ajout de nouvelles modalités pourrait avoir sur les coûts et l’intégration des aéroports brésiliens aux systèmes internationaux.
Selon des informations initialement révélées par Lauro Jardim, chroniqueur au journal O Globo, des entreprises comme Pacer, Positivo et Grupo GTI font pression sur le ministère des Ports et des Aéroports pour que ces technologies soient prises en compte. Des compagnies aériennes et des membres du gouvernement s’y opposent, estimant qu’il faut s’interroger sur la nécessité de nouvelles infrastructures d’identification.
La politique d’identification biométrique au Brésil
Instaurée en août 2026, cette politique vise à renforcer la sécurité et à faciliter l’embarquement dans les aéroports, les ports et les terminaux fluviaux de passagers. Elle prévoit de relier les systèmes, les organismes publics, les autorités de régulation et les exploitants d’infrastructures afin de confirmer plus rapidement l’identité des voyageurs et de limiter les présentations répétées de documents.
Le ministre des Ports et des Aéroports, Tomé Franca, a présenté cette mesure comme un élément de la stratégie de modernisation et de renforcement de la sécurité des transports. Sa mise en œuvre devrait mobiliser l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), les exploitants d’aéroports et d’autres institutions publiques et privées.
La politique n’impose toutefois pas l’installation de lecteurs d’iris ou de paume de la main dans tous les aéroports du pays. L’ajout de ces modalités fait encore l’objet de discussions dans le cadre de son application.
L’arrêté prévoit également l’interopérabilité des systèmes et retient le principe de neutralité technologique : les pouvoirs publics ne doivent ni favoriser ni imposer une technologie particulière sans justification technique, de sécurité ou d’intérêt public. Il prévoit aussi des solutions de remplacement pour les usagers qui ne peuvent pas recourir à l’identification biométrique.
Les coûts pour les compagnies aériennes et les aéroports
Pour les compagnies aériennes, le recours à des modalités supplémentaires pourrait nécessiter de nouvelles bases de données, une nouvelle inscription des passagers et des investissements dans des équipements et des adaptations des terminaux. Elles craignent que ces exigences ne créent une infrastructure parallèle aux dispositifs de reconnaissance faciale déjà développés au Brésil, lesquels peuvent s’appuyer sur les bases officielles d’identification civile.
La compatibilité avec les normes internationales
La compatibilité internationale constitue un autre enjeu majeur. Dans les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) relatives aux documents de voyage électroniques, la reconnaissance faciale est la modalité biométrique obligatoire. Les empreintes digitales et la reconnaissance de l’iris sont facultatives, tandis que la paume de la main ne fait pas partie des trois modalités spécifiées dans ce cadre.
Cette distinction n’interdit pas l’utilisation d’autres technologies dans les aéroports. Elle place néanmoins la reconnaissance faciale dans une situation particulière pour l’intégration aux documents délivrés par différents pays. Les normes applicables aux documents de voyage ne signifient pas non plus que tous les processus aéroportuaires doivent recourir exclusivement à cette modalité.
L’identification des passagers faisant intervenir les compagnies aériennes, les aéroports et les autorités frontalières, l’adoption de moyens supplémentaires nécessiterait de définir comment les systèmes communiqueraient entre eux et comment les voyageurs étrangers seraient pris en charge, sans multiplier les procédures redondantes.
Le débat sur l’application de la politique brésilienne porte donc sur la démonstration des avantages de chaque modalité, les investissements nécessaires et leur capacité à s’intégrer à l’infrastructure existante. Dans ce contexte, la reconnaissance faciale présente l’avantage d’être déjà utilisée dans les initiatives nationales et de correspondre à la norme biométrique obligatoire des documents de voyage électroniques définie par l’OACI.
Des acteurs du secteur aérien jugent la mesure « inutile » au regard d’autres besoins plus importants en matière de sûreté aéroportuaire. Ils citent notamment l’installation d’un plus grand nombre d’appareils à rayons X et de scanners corporels, ainsi que les améliorations nécessaires à la sécurité du périmètre des aéroports pour réduire la présence du trafic de drogue dans le secteur.






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