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Phare d’Alexandrie : des blocs monumentaux remontés des fonds marins

Un plongeur en combinaison récupère un bloc de pierre gravée sortant de l'eau sur un bateau en mer.
Dans cet article
  1. Une entrée du phare d’Alexandrie revient à la lumière
  2. Ce que révèlent les blocs
  3. Cartographier les fonds marins
  4. Des photos aux mesures
  5. Construire le phare numérique
  6. L’effondrement de la tour
  7. Des indices inscrits dans le métal
  8. L’eau de mer comme protection
  9. Ce que permet une reconstitution
  10. Une merveille reconstituée pièce par pièce

D’immenses éléments en pierre du phare d’Alexandrie ont été remontés des fonds marins : jamais autant de vestiges matériels du monument n’avaient été récupérés depuis son effondrement.

Cette découverte précise les contours d’une merveille du monde disparue et modifie ce qu’il est possible de connaître, de reconstituer et de vérifier sur son apparence finale et sa destruction.

Une entrée du phare d’Alexandrie revient à la lumière

De lourds blocs architecturaux extraits du port oriental d’Alexandrie ont révélé une partie essentielle du phare, invisible depuis des siècles.

L’examen direct de ces pierres a été documenté sous la direction scientifique d’Isabelle Hairy, archéologue et architecte au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

L’analyse a permis de rattacher les éléments retrouvés à l’entrée principale du monument.

Ils reposaient sous l’eau depuis qu’une série de séismes médiévaux avait progressivement démantelé la tour, dispersant ses plus grandes pièces au fond du port.

Leur récupération apporte des limites matérielles solides aux hypothèses et fournit un point de référence fixe avant d’étendre la reconstitution au reste de l’édifice.

Ce que révèlent les blocs

Les équipes ont remonté 22 blocs de granit et de calcaire, pesant chacun près de 77 tonnes.

Plusieurs appartenaient à l’entrée principale : des linteaux, ces poutres horizontales placées au-dessus des portes, ainsi que des montants verticaux et des dalles de seuil.

Les styles de taille correspondent aux traditions égyptiennes comme aux pratiques de construction grecques, révélant la combinaison de deux savoir-faire par les concepteurs.

Les éléments d’une entrée déterminant l’emprise d’un bâtiment, leur forme peut guider la suite de la reconstitution en réduisant la part d’hypothèses.

Cartographier les fonds marins

Bien avant l’arrivée de la grue, les équipes du CNRS avaient repéré les débris du phare sur une vaste zone du fond portuaire.

En 2014, leur carte sous-marine recensait près de 3 000 blocs ; les travaux ultérieurs ont porté le total à près de 5 000 fragments.

La faible profondeur facilitait le travail des plongeurs, mais les vagues et les eaux de ruissellement réduisaient la visibilité et avaient dispersé les fragments sur environ 1,6 hectare.

Grâce à cette carte détaillée, la dernière opération de levage a été plus rapide : les équipes ont pu cibler les pierres de l’entrée au lieu de chercher à l’aveugle.

Des photos aux mesures

Après la remontée de chaque bloc, les équipes ont photographié toutes ses faces, en saisissant avec précision éclats, trous et traces d’outils.

Elles ont employé la photogrammétrie, une méthode qui permet de créer des modèles 3D à partir de photos prises sous de multiples angles.

Un logiciel a mis ces images en correspondance, puis calculé la forme du bloc avec une précision suffisante pour que les chercheurs puissent le mesurer par la suite.

L’eau trouble et les déplacements de sable masquent encore certaines surfaces : des lacunes subsisteront donc jusqu’à ce que les plongeurs photographient les faces manquantes.

Construire le phare numérique

Après la numérisation, les ingénieurs ont assemblé les pièces dans un jumeau numérique, une copie 3D évolutive, actualisée au fil du temps.

Le logiciel a permis à l’équipe de faire pivoter les blocs, de tester leur assemblage et de repérer les arêtes correspondantes, sans user la pierre pour forcer les raccords.

Une fois les modèles alignés, les équipes ont lancé des simulations afin de vérifier comment la tour tenait debout et quels types de séismes pouvaient la fissurer.

La version à l’écran ne remplace pas le site réel, mais elle permet aux chercheurs de comparer différentes reconstitutions sans soulever tous les blocs.

L’effondrement de la tour

Édifié au début de l’époque hellénistique, période de domination grecque qui a suivi Alexandre le Grand, le phare a guidé les navires vers Alexandrie pendant des siècles.

Une étude géologique française a expliqué la rareté des vestiges calcaires : des bâtisseurs ont ensuite réemployé ces blocs, plus faciles à tailler.

Des séismes répétés ont fragilisé la tour, dont des sections sont tombées à l’eau. Les vagues ont ensuite roulé les morceaux en amas difficiles à interpréter.

L’effondrement s’étant produit par étapes, les archéologues doivent aujourd’hui trier des éléments issus de différentes reconstructions, mélangés sous l’eau.

Des indices inscrits dans le métal

De légères rainures et des trous d’ancrage visibles à la surface des pierres montrent que les bâtisseurs utilisaient des fixations métalliques plutôt qu’un mortier épais.

Selon une note universitaire, l’ouvrage a été construit en seulement 15 ans, notamment parce que des agrafes remplaçaient les liants à prise lente.

Cette même note avance que certains monolithes de granit provenaient peut-être d’un site de l’Ancien Empire à Abou Rawash, datant des débuts de la construction des pyramides égyptiennes.

Si ce réemploi a bien eu lieu, les murs du phare renfermaient des histoires plus anciennes, ce qui complique toute reconstitution trop simple.

L’eau de mer comme protection

L’exposition à l’air entraîne une nouvelle forme de dégradation : des cristaux de sel se développent lorsque la pierre humide sèche au soleil.

Les spécialistes de la conservation ont lavé et stabilisé les surfaces, puis ralenti le séchage pour empêcher les fissures de gagner les faces des blocs.

Pour de nombreux fragments, les équipes ont privilégié la numérisation suivie d’une remise à l’eau, car un fond marin stable protège souvent mieux la pierre que l’air libre.

La réglementation égyptienne limitait la récupération définitive aux pièces de moins d’environ 100 kg, rendant les relevés numériques indispensables pour les blocs plus lourds.

Ce que permet une reconstitution

Un modèle achevé pourrait montrer aux visiteurs les dimensions réelles du phare tout en maintenant les pierres fragiles hors d’atteinte.

Les musées pourraient projeter des vues permettant de parcourir le monument et expliquer l’ingénierie antique en s’appuyant sur les blocs numérisés.

Les vestiges de l’une des Sept Merveilles du monde antique ont refait surface en Méditerranée après plus de 1 600 ans sous l’eau.

La reconstitution numérique dépendra néanmoins de pièces manquantes qui pourraient ne jamais être retrouvées, laissant certaines parties définitivement incertaines.

Une merveille reconstituée pièce par pièce

En associant les blocs remontés à des années de relevés sous-marins, les chercheurs peuvent élaborer un plan cohérent d’un monument disparu.

Les futures plongées et une conservation minutieuse détermineront quelle part du phare pourra être présentée au public et quelle part restera sous l’eau.

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Clément Vial

Guide accompagnateur et passionné de sports de pleine nature, Clément Vial explore depuis plus de dix ans les sentiers, falaises et parcours aquatiques de l’Ouest lyonnais. Il partage son expertise de l’aventure autour de Lyon : randonnée, VTT, escalade, trail et découvertes familiales, avec une attention particulière à la sécurité et au respect des espaces naturels.

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