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Les odeurs des corps momifiés dévoilent leur histoire

Jeune scientifique en blouse analysant une relique égyptienne sous vitrine dans un musée.
Dans cet article
  1. L’étude des corps momifiés
  2. Nos découvertes
  3. Les prochaines étapes

Les objets exposés dans les vitrines des musées ne livrent souvent qu’une partie de leur histoire. Leur odeur, notamment, est fréquemment négligée, voire perdue au cours de la conservation. Or cette disparition nous prive de renseignements précieux, par exemple sur la manière dont un objet a été fabriqué ou utilisé.

Mon domaine de recherche, le patrimoine sensoriel, s’intéresse à notre relation aux objets patrimoniaux à travers d’autres sens que la vue. Dans ce cadre, je conçois des méthodes permettant de repérer et de préserver les odeurs qui ont une importance culturelle.

J’ai notamment travaillé avec la cathédrale Saint-Paul de Londres pour recréer le parfum de sa bibliothèque et permettre aux générations futures d’en faire l’expérience. J’ai aussi participé à Odeuropa, un projet financé par l’Union européenne dans lequel des spécialistes de l’informatique et des historiens ont raconté l’histoire des odeurs sur 300 ans d’histoire européenne.

Avec l’aide de parfumeurs, nous avons fait revivre des senteurs comme celles de l’Amsterdam du XVIIe siècle, avec ses canaux et ses tilleuls. Au musée d’Ulm, dans le sud de l’Allemagne, les visiteurs peuvent ainsi découvrir nos interprétations olfactives de dix tableaux exposés.

Mon projet le plus récent remonte bien plus loin dans le temps. L’université de Ljubljana m’a demandé de contribuer à une étude sur des corps momifiés, menée en association avec l’université de Cracovie et le Musée égyptien du Caire. L’équipe de Ljubljana étudiait un corps momifié au musée national de Slovénie et avait été invitée à élargir ses recherches à d’autres corps momifiés au Caire.

Les règles strictes encadrant l’étude de ces corps imposent aux chercheurs d’employer des techniques non destructives. L’une d’elles consiste à déterminer ce que leur odeur peut nous apprendre. C’est pourquoi j’ai rejoint le projet dirigé par le professeur Matija Strlič et la doctorante Emma Paolin.

Au Musée égyptien, nous avons étudié neuf corps momifiés, dont quatre étaient exposés et cinq conservés en réserve. Ils datent de périodes différentes : le plus ancien remonte à 3 500 ans. Leurs méthodes de conservation et leurs lieux de stockage variaient également, ce qui en fait un échantillon assez représentatif des corps momifiés présents dans les collections du monde entier.

J’ai constitué une équipe de huit experts chargés de sentir les échantillons, dont je faisais partie. Certains spécialistes avaient déjà travaillé avec moi sur d’autres projets ; les autres étaient des collègues du Musée égyptien formés à l’odorat au préalable. Nous souhaitions les intégrer au groupe en raison de leur grande familiarité avec les odeurs concernées.

L’étude des corps momifiés

Nous avons d’abord réalisé des analyses chimiques pour vérifier que les corps pouvaient être sentis sans danger. Au cours des décennies précédentes, ils avaient en effet été traités avec des pesticides de synthèse afin de les préserver. Plusieurs présentaient de fortes concentrations de ces produits, potentiellement cancérigènes : nous les avons donc exclus de l’étude.

Pour les neuf corps restants, nous avons légèrement entrouvert les sarcophages afin d’y introduire de petits tuyaux et d’en prélever de l’air. Un volume mesuré de cet air a été recueilli dans des sacs spéciaux, puis transporté dans une salle à l’écart des espaces d’exposition, où les autres membres de l’équipe et moi avons pu le sentir « nez dessus ».

Nous avons recueilli d’autres échantillons d’air dans des tubes métalliques contenant un polymère capable de piéger les composés organiques volatils, afin de les étudier dans un laboratoire de l’université de Ljubljana. Diverses analyses chimiques ont permis de déterminer les composés présents. L’air a également été séparé en ses différents constituants par chromatographie, pour que nous puissions sentir et décrire chaque odeur individuellement.

La tâche était très exigeante. Nous nous relayions généralement devant une machine spéciale munie d’une sortie appelée port olfactif. Pendant 15 à 20 minutes, il faut sentir des odeurs successives, les décrire rapidement et évaluer leur intensité. Elles peuvent se présenter au rythme d’une par seconde, ce qui risque de submerger les sens : d’où la nécessité de se relayer.

Nos découvertes

À l’idée de sentir ces corps anciens, j’éprouvais davantage d’enthousiasme à la perspective d’une découverte que d’appréhension. On pourrait pourtant s’attendre à des effluves désagréables : des récits d’archéologues aux films comme La Momie (1999), les corps momifiés sont associés aux mauvaises odeurs.

À notre surprise, leurs senteurs étaient plutôt agréables. L’équipe les a notamment qualifiées de « boisées », « florales », « douces », « épicées », « renfermées » et « résineuses ». Nous avons identifié d’anciens ingrédients d’embaumement, dont des huiles de conifères, de l’encens, de la myrrhe et de la cannelle.

Nous avons aussi repéré des graisses animales dégradées employées lors de la momification, les restes humains eux-mêmes, ainsi que des pesticides de synthèse et des huiles végétales antiparasitaires inoffensives, utilisés plus récemment par le musée pour la conservation.

Les corps en vitrine dégageaient une odeur plus prononcée que ceux conservés en réserve, sans toutefois atteindre l’intensité d’un parfum, par exemple. L’un d’eux sentait étonnamment le thé noir de façon très nette : en humant un corps vieux de plusieurs millénaires, on ne s’attend certainement pas à se retrouver transporté dans sa cuisine. Les autres membres de l’équipe ont reconnu cette odeur de thé et nous avons ensuite établi qu’elle provenait probablement d’une substance chimique appelée caryophyllène.

Les prochaines étapes

Nous allons maintenant reconstituer l’odeur des corps momifiés pour que les visiteurs du Musée égyptien puissent la découvrir directement. Nous créerons à la fois une reconstitution chimique fidèle de ce que nous avons senti et une interprétation de l’odeur que le corps aurait dégagée au moment où il a été enfermé dans sa tombe.

Le public devra probablement attendre 2026 pour en faire l’expérience. Entre-temps, d’autres musées possédant des collections de l’Égypte ancienne nous contactent aussi : ils souhaitent collaborer avec nous pour appliquer des méthodes similaires.

Par ailleurs, je travaille avec d’autres collègues à l’élaboration d’un catalogue des odeurs ayant une importance culturelle pour le Royaume-Uni, notamment celles des voitures anciennes, des plats traditionnels et d’autres bibliothèques.

J’espère que notre travail sur les corps momifiés montre comment il est possible de faire revivre une autre dimension du patrimoine. Faire l’expérience des odeurs aide les visiteurs à mieux comprendre les sujets présentés et à les appréhender dans leur ensemble.

Les corps momifiés fascinent tout le monde. Bientôt, il sera possible de se mettre à la place des archéologues qui ont découvert leurs tombes et révélé leurs secrets au monde moderne.

Cecilia Bembibre, maîtresse de conférences en patrimoine durable à l’UCL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Clément Vial

Guide accompagnateur et passionné de sports de pleine nature, Clément Vial explore depuis plus de dix ans les sentiers, falaises et parcours aquatiques de l’Ouest lyonnais. Il partage son expertise de l’aventure autour de Lyon : randonnée, VTT, escalade, trail et découvertes familiales, avec une attention particulière à la sécurité et au respect des espaces naturels.

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